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Samedi 30 décembre 2006
De la douceur futile des choses
J'aime ce qui m'entoure. Qu'importe que ce soit simple, - j'aime.
Que ce soit cet air d'automne hésitant entre tiède moiteur et fraîcheur boisée, - j'aime. Que ce soit pleurer sur soi ou sur cette
beauté cinglante qui me frappe chaque automne que Dieu fait, - j'aime.

S'il fallait abandonner ne serait-ce qu'une once de la nature qui  habille mon environnement, ce serait pire qu'une profonde entaille au creux de mes empaumures. Tout a raison d'être, ne serait-ce que par futilité ou sublime inutilité.
Si tous les hommes savaient goûter et apprécier cette beauté que
cache la douce futilité des choses...

J'aime goulûment tout ce qui tombe sous les dents de mes sens. Que ce soit la poussière du grenier de cette vieille école laïque, ses odeurs fanées, ses chiffons traînant, gisant, les raies de lumières projetées sur un vieux parquet lourd et gris, ces boîtes de craies à jamais abandonnées avant d'avoir pu chanter, ce carton de vieux stencils qui ne donneront plus vie...
- J'aime.

S'il fallait faire quelque chose, je dirais: "rien". Rester immobile et regarder, se laisser envahir par une tiède torpeur, jusqu'à ce que notre ombre, immense, se découpe sur l'infini.

J'aime les feuilles croustillant sous mes pas, elles sont autant de larmes ruisselant sur le paysage de ma vie. Comme un gaucher, ce monde et ses choses me paraissent inadaptés, mais que c'est beau et intrigant. J'aime.

Que ce soit encore cette gare voisine, désaffectée, comme habitée
de fantômes, transformée en coopérative agricole où s'entassent harmonieusement des sacs d'engrais de toutes les couleurs. J'aime.

S'il n'y avait quelques hommes navrants, seules choses ni douces, ni futiles à m'entourer... Ils sont là, avec des masques impassibles, avec des grimaces jusqu'au plus profond de leur être, avec une haine souriante, avec un regard qui ne voit plus rien depuis longtemps. J'aime moins...

S'il fallait être quelqu'un d'autre, je serais un chevalier, m'agenouillant jusqu'à embrasser terre, brandissant un brin de martagon, fragile, comme pour exhorter tous les hommes à boire et contempler la douce futilité des choses...
2001
 
par JFP publié dans : Poésies
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Commentaires

J'aime j'aime
tout simplement les choses simples
il y a tellement à découvrir à mettre un genoux à terre et observer simplement un carré de quelques centimètres
la vie est là tellement généreuse et étonnante!
tout est si terne par ailleurs dans l'autre monde ...le monde polissé, policé, peau lissée...mais c'est ainsi!
commentaire n° : 1 posté par : laurence le: 08/02/2008 01:13:51

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