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Mercredi 3 janvier 2007
Qui se souvient de Jimmy ?
Peu de monde, c’est certain. Peut-être même pas lui même. C’était un brave gamin d’une vingtaine d’années lorsque je l’ai connu. Personne n’a jamais su comment il avait atterri dans le quartier, mais en peu de temps il fit partie des lieux et vous auriez juré que vous le connaissiez depuis toujours.
A l’époque, posé en terrasses de cafés, je noircissais péniblement les pages d’un vieux carnet en tentant d’y graver des poèmes mémorables. La plupart du temps mon corps finissait par s’imbiber de fumée et d’alcool, brouillant ma vue et empêchant les mots de parvenir jusqu’au carnet. Ainsi allaient les jours, avec des nuits de blues dans des caves, avec des pointes de jazz dans mes entrailles. Je ne pensais pas que je vivrais aussi longtemps pour raconter cela. Et Jimmy ?
Il se débrouillait pour trouver des petits boulots et vivoter tant bien que mal. Dès que vous aviez besoin d’une course, d’une aide physique, vous n’aviez qu’à tourner la tête, et là, dans un coin, près de la porte, où l’on laisse en général les parapluies, vous trouviez Jimmy. Trente secondes avant, vous étiez persuadé qu’il n’y avait rien à cet endroit, et par le simple fait d’avoir besoin de lui il s’était matérialisé !
Bien sûr, vous pensez à la chance, au hasard, au destin et à un tas d’autres sornettes de ce genre, mais pour Jimmy, il s’agissait vraiment de quelque chose de spécial… d’un don. Oui, c’est ça, d’un don. N’allez pas croire que je tente de vous emberlificoter avec des menteries, je suis bien trop vieux pour imaginer des choses pareilles.
On parle souvent de don de voyance, de guérisseurs et autres charlatans aux capacités difficilement prouvables. Pour Jimmy, c’était tout ce qu’il y a de plus démontrable, expériences à l’appui.
Tiens, je revois cette après-midi de fin mai comme si c’était hier : l’air était déjà lourd pour la saison et on sentait qu’un orage menaçait. J’étais en train de siroter mon perroquet (menthe, eau et anisette) de fin de printemps et je ne cessais de le diluer dans de l’eau, si bien que ma boisson avait perdu une grande partie de ses goûts méditerranéens. Je me rappelle qu’après le premier coup de tonnerre je me suis mis à jeter un œil vers le hall d’entrée pour vérifier si j’y avais laissé un parapluie, sans trop me faire d’illusions. Et j’avais raison : trois parapluies et aucun qui ne ressemble à une des épaves que je laisse ici ou là. En ramenant mes yeux vers ma table j’ai croisé mon regard dans une glace. Je me suis surpris : je me suis trouvé fatigué, les traits plus vieux que mon âge, la tenue froissée, le regard triste et inquiet ; le mélange qui je le croyais pouvait faire de moi un écrivain. Cette prise de conscience de mon état et de l’échec qui l’accompagnait me mit dans un état de désespoir formidable. Je ressassais pourquoi ça ne marchait pas, qu’est ce que j’avais raté… Je me replongeais des années en arrière : mes maigres études, mes relations difficiles avec mes parents, avec les filles, avec les autres, avec la vie… Raisons pour lesquelles j’avais besoin d’écrire, bien que je ne sache pas quoi ni comment. Et j’en arrivais à plusieurs conclusions : primo, j’étais un raté banal ; secundo, je n’avais pas plus d’aptitudes à l’écriture qu’à la pêche aux oursins de l’antarctique ; tertio, je … il y a un putain d’orage qui est en train de nous tomber sur le coin de la figure.
A ce moment, je tourne à nouveau ma tête vers le coin des parapluies, attendant un miracle, et… qui vois-je ? Mon Jimmy, oui, lui-même, accompagné de deux parapluies, le sien et une de mes épaves.
– Tiens, me dit-il, j’ai pensé que tu en aurais peut-être besoin, tu l’avais oublié au « café des sports ».
– Jimmy, toujours là pour me sauver, allez assieds-toi que l’on discute un peu.
– J’peux pas, désolé Sam, on m’attend ailleurs.
– Jamais possible de discuter et d’en savoir plus, avec toi, allez, tiens, prends ça, pour le service. 
Je lui glissais délicatement un billet dans sa poche et déjà il avait disparu comme une brume s’évaporant avec les premiers rayons du soleil.
– merci…
Son merci était resté alors que lui s’était déjà envolé.
Raconter cette histoire m’a remis en mémoire que je me faisais appeler Sam, qu’est-ce qu’on peut être con dans ses jeunes années… Et Jimmy, était-ce son vrai nom ? Probablement pas. A l’époque le pseudo comme on l’appelait était quasi obligatoire, seuls les abrutis communs se faisaient appeler par leur vrai prénom.
Mais revenons à Jimmy. C’est vrai que le coup du parapluie, n’est pas une preuve irréfutable, vous avez tous des amis qui vous apportent parfois les choses au bon moment. Mais c’était la première fois que je me décidais à tester le don de Jimmy.
par JFP publié dans : Bouts de nouvelles
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Jeudi 21 décembre 2006
C’est un jour comme un autre, comme dirait l’autre. Tu te lèves le matin et si t’es pas trop bourré tu te lèveras le lendemain sans trop avoir mal à la tête. Bien sûr, y a des chances que tu picoles, que tu sois atteints par la mièvrerie ambiante et même que tu souhaites du bonheur à ton prochain. Mon c… ! Tout ce que tu souhaites et t’as bien raison, c’est de te la couler peinard, te tendre une main vers le frigo et qu’il y ait toujours de la bière. Ouaip, c’est ça Noël, tu ouvres le frigo et t’es sûr de trouver de la bière. Comme c’est Noël, donc, tu descends dans la rue, pour voir ce que ça fait aux autres. Et là, tu ne vois personne. C’est gris, le ciel est bas, si bas qu’il cogne contre ton front. Alors tu pousses un peu plus loin pour voir si il y aurait pas un bon troquet qui ouvrirait ses portes pour réchauffer ton gosier. Que dalle ! Tout est fermé. J’t’en foutrais des Noël comme ça. Alors tu remontes chez toi, par ce que le ciel était tellement bas qu’il est tombé sur le bout de tes orteils, les engourdissant violemment. Tu te trompes de porte car t’y vois plus rien, parce que dans ta rue y a pas de décorations. Tu tambourines comme un malade sur la porte. Peine perdue, j’t’ai dit, tu t’es gouré de porte, c’est la porte de la petite voisine que tu reluques comme un malade et qui s’est tirée dans sa famille, dans le sud, pour y passer les fêtes. Après avoir bousillé tes mains contre sa porte, tu t’aperçois de ta grande stupidité et tu dis quand même « Merci Papa Noël ». Tu remontes dans ta triste piaule de goret et tu te dis que c’est vraiment une sale piaule. De toute façon, c’est pas chez toi, t’as pas envie de faire des efforts, t’es même contre cette put… de notion d’effort. Alors d’un geste ample tu ouvres le frigo et tu constates que même si c’est Noël, y a pas de bière. « Merci Papa Noël »
par JFP publié dans : Bouts de nouvelles
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